Cinéma de Hong Kong et de Chine continentale : similitudes et différences

Cinéma de Hong Kong et de Chine continentale : similitudes et différences

Le cinéma chinois n'est pas une entité monolithique. Les traditions cinématographiques, notamment celles de Hong Kong et de la Chine continentale, s'entremêlent tout en restant distinctes, comparables à deux dialectes d'un même langage visuel. Elles partagent des racines, des références culturelles et des thèmes communs. Cependant, elles présentent également des caractéristiques uniques qui reflètent leur histoire personnelle, leur paysage sociétal et leur sensibilité créative.

La compréhension de ces distinctions n'enrichit pas seulement notre expérience de spectateur, mais nous offre également une lentille pour percevoir les nuances sociétales et culturelles de ces régions. Chaque image et chaque dialogue nous permettent de mieux comprendre les sociétés qui produisent ces œuvres et de nous faire une idée de leurs valeurs, de leurs préoccupations, de leurs espoirs et de leurs rêves.

Dans cet article, nous allons parcourir les allées du cinéma de Hong Kong, connu pour ses séquences d'action et ses drames qui remuent les tripes, puis nous ferons un saut dans les vastes paysages du cinéma de la Chine continentale, où nous verrons sa remarquable évolution, du zèle révolutionnaire de l'ère Mao au réalisme social poignant de l'époque moderne.

L'émergence du cinéma chinois

Commençons notre voyage en remontant l'horloge jusqu'au début du 20e siècle. Le cinéma chinois, à ses débuts, ressemblait à une jeune pousse de bambou : fragile, certes, mais pleine de promesses et de potentiel. La première industrie cinématographique chinoise était centrée sur Shanghai, qui sera bientôt surnommée le « Hollywood de l'Est » dans les années 1930.

Le pionnier du cinéma chinois, le film L'amour du travailleur (劳工之爱情) de 1922, est un court métrage muet qui raconte l'histoire simple d'un pauvre charpentier qui tente de gagner la main d'une jeune fille. Ce film a ouvert, en mettant en scène des gens ordinaires et leur vie, un thème qui allait résonner dans les décennies à venir.

Puis vint l'âge d'or des années 1930. Au milieu des bouleversements sociopolitiques de l'époque, le cinéma de Shanghai s'épanouit, produisant des films socialement conscients et techniquement avancés.

L'un des films les plus emblématiques de cette époque est La déesse (神女) de 1934, avec la légendaire Ruan Lingyu. Ce film muet présente une critique poignante des mœurs et des attitudes de la société, en particulier à l'égard des femmes.

La déesse (神女)
La déesse (神女) est un poignant drame chinois qui explore la vie d'une jeune prostituée en quête de rédemption dans un monde où la compassion et la cruauté se heurtent violemment.

Les films de cette époque étaient un mélange de différents genres, y compris la romance et le wuxia (héros martiaux).

Le cinéma est devenu le miroir des aspirations et des angoisses de la société, et Shanghai en était le cœur battant au rythme de l'évolution des temps.

Cependant, comme nous le verrons bientôt, l'ère tumultueuse de la guerre civile et des changements politiques en Chine continentale a donné naissance à un frère distinct dans le monde du cinéma chinois : le cinéma de Hong Kong.

L'histoire du cinéma chinois : des films muets aux superproductions
Un voyage fascinant à travers les bobines de l'histoire du cinéma chinois et de ses influences sociopolitiques et l'impact des films de kung-fu emblématiques.

Divergence : La naissance du cinéma de Hong Kong

Alors que notre voyage se poursuit, nous nous trouvons au milieu d'un grand changement historique. C'est l'époque de la guerre civile chinoise, une période qui a vu la nation prise dans l'étau d'un énorme changement. Alors que les cinéastes fuyaient les troubles en Chine continentale, nombre d'entre eux ont trouvé un nouveau foyer à Hong Kong, jetant les bases d'une tradition cinématographique originale.

Le cinéma de Hong Kong a émergé, littéralement, face à la démolition. Le film In the Face of Demolition (危楼春晓) de 1953, qui brosse un tableau saisissant de la situation des logements surpeuplés de la ville après la Seconde Guerre mondiale, reflétant les préoccupations sociales de l'époque. Il s'agit là d'une caractéristique essentielle du cinéma hongkongais, qui n'hésite pas à être un miroir à la société, en montrant les joies, les peines et les luttes des gens ordinaires.

In the Face of Demolition (危楼春晓)
In the Face of Demolition (危楼春晓) met en lumière les défis émotionnels et sociaux auxquels sont confrontés les résidents d'un quartier menacé de démolition, offrant une réflexion profonde sur le changement urbain et l'humain.
Les années 1960 ont vu l'essor des films d'opéra cantonais et des films d'arts martiaux (ou wuxia), un genre qui allait devenir synonyme de cinéma hongkongais.

Le studio Shaw Brothers, l'une des plus grandes sociétés de production cinématographique de Hong Kong, a joué un rôle déterminant dans cette évolution. Leurs productions, caractérisées par des séquences d'action, des intrigues dramatiques et un casting de stars, ont captivé le public bien au-delà des frontières de Hong Kong.

Cependant, le cinéma de Hong Kong n'est pas que de l'action et du drame. Il nous a également offert des films romantiques sincères et des comédies excentriques, qui mettent souvent en valeur la culture, la langue et le mode de vie locaux, ajoutant ainsi une touche d'authenticité indéniable.

Alors que le cinéma de Hong Kong trouvait ses marques et sa voix, le cinéma continental connaissait sa propre évolution, reflétant les importants changements politiques et sociaux qui balayaient le pays.

Le cinéma de la Chine continentale : de l'ère Mao aux temps modernes

Alors que nous retournons en Chine continentale, le visage du cinéma est sur le point de changer radicalement. L'ascension du parti communiste en 1949 a marqué le début de l'ère Mao et, avec elle, un changement important dans l'orientation et le style du cinéma de la Chine continentale.

Sous l'ère Mao, le cinéma est devenu un puissant outil de propagande de la révolution communiste et de ses idéaux. Le cinéma n'avait plus pour but de divertir, mais d'éduquer les masses. Les films de cette époque, comme La fille aux cheveux blancs (白毛女) de 1950, étaient soigneusement conçus pour mettre en lumière les luttes et les triomphes du prolétariat, souvent peints en rouge révolutionnaire à grands traits.

La fille aux cheveux blancs (白毛女)
La fille aux cheveux blancs (白毛女) est un classique du cinéma chinois, inspiré de la légendaire opéra, dépeignant une romance tragique empreinte de guerre et de séparation.

Avec la fin de la révolution culturelle, à la fin des années 1970, le cinéma chinois a connu un nouveau bouleversement. L'émergence de la cinquième génération de cinéastes, dont des sommités comme Zhang Yimou (张艺谋), a marqué le début d'une nouvelle vague de cinéma chinois. Ces réalisateurs, dont beaucoup étaient diplômés de l'Académie du film de Pékin, ont apporté à leurs films des perspectives nouvelles et un sens aigu du réalisme social.

Le Sorgho rouge (红高粱) de 1987 par Zhang Yimou est un excellent exemple de cette époque. Avec sa narration saisissante et sa cinématographie époustouflante, le film a captivé le public et les critiques, remportant l'Ours d'or au Festival international du film de Berlin et plaçant le cinéma chinois sur la carte du monde.

À l'aube du nouveau millénaire, la sixième génération de cinéastes, comme Wang Xiaoshuai (王小帅), a continué à explorer les réalités sociales de la Chine moderne, souvent de manière crue et sans compromis. Des films comme Beijing Bicycle (十七岁的单车) en 2001 ont exploré les complexités de la vie urbaine et le fossé grandissant entre les nantis et les démunis.

Beijing Bicycle (十七岁的单车)
Beijing Bicycle (十七岁的单车) est un drame qui suit l'histoire de deux jeunes hommes dont les destins s'entrecroisent à travers un vélo, explorant les réalités sociales de la Chine moderne avec sensibilité et finesse.

Alors que le cinéma continental subissait ces transformations, une nouvelle vague était sur le point de déferler sur le paysage cinématographique de Hong Kong.

Cinéma de Hong Kong : l'émergence de la nouvelle vague

Alors que nous retournons dans le paysage urbain de Hong Kong, nous découvrons un cinéma qui évolue à un rythme effréné. La fin des années 1970 et les années 1980 ont marqué l'avènement de la nouvelle vague dans le cinéma hongkongais, une période de transformation qui a révolutionné l'industrie, tant en termes de genres que de techniques de narration.

La Nouvelle Vague n'était pas seulement une vague d'énergie créatrice, mais aussi une réponse à l'appétit croissant pour les récits inédits et les films novateurs.

Les films de cette époque mélangent les genres traditionnels avec des styles nouveaux et audacieux, donnant naissance à un langage cinématographique unique, indéniablement hongkongais.

Le réalisateur John Woo (吴宇森) figure parmi les pionniers de la Nouvelle Vague. Connu pour ses thrillers d'action à haute intensité, Le Syndicat du crime (英雄本色) de Woo a bouleversé la scène cinématographique hongkongaise avec ses séquences d'action rapides, ses personnages complexes et son récit profondément émotionnel. Ce film, et d'autres du même genre, a introduit un nouveau type de cinéma d'action, qui intègre de manière transparente l'émotion et l'adrénaline.

Le Syndicat du crime, A Better Tomorrow (英雄本色)
Le Syndicat du crime (英雄本色) est un film emblématique du genre gangster, qui brille par ses performances captivantes et son scénario riche en émotions, laissant une marque indélébile dans l'histoire du cinéma.

Cependant, la Nouvelle Vague ne s'est pas limitée à l'action ; elle a également été témoin de l'essor d'un cinéma plus lyrique et contemplatif, dont l'œuvre de Wong Kar-wai (王家卫) est la meilleure illustration. Son film In the Mood for Love (花样年华) en 2000, est un chef-d'œuvre de subtilité et d'émotion. Grâce à une cinématographie travaillée et à la performance des acteurs, le film brosse un portrait obsédant de l'amour, de la nostalgie et du regret.

In the Mood for Love (花样年华)
In the Mood for Love (花样年华) est un chef-d'œuvre cinématographique qui explore avec délicatesse et beauté les sentiments retenus d'amour et de désir.

Similitudes entre le cinéma de Hong Kong et le cinéma de Chine continentale

Même si le cinéma de Hong Kong et de la Chine continentale ont emprunté des chemins divergents, il est essentiel de reconnaître les points communs qui unissent ces deux traditions. Après tout, ils ont tous deux germé sur le même sol culturel et, malgré leurs caractéristiques uniques, ils partagent une profonde lignée commune.

L'un des éléments communs les plus importants est l'utilisation de références et de thèmes culturels. La mythologie chinoise, les événements historiques, les concepts philosophiques et les mœurs sociales sont profondément ancrés dans les deux cinémas.

Qu'il s'agisse d'un film d'arts martiaux se déroulant dans la Chine ancienne ou d'un drame moderne se déroulant dans les rues de Hong Kong, ces éléments culturels communs enrichissent la trame narrative des films.

Des genres comme le wuxia, les drames historiques et les drames sociaux contemporains sont communs aux deux cinémas. Les films d'arts martiaux de Hong Kong, comme ceux produits par le studio Shaw Brothers, et les épopées historiques du continent, comme Adieu ma concubine (霸王别姬) de Chen Kaige, partagent le même amour pour les récits extravagants, enrichis par la profondeur de l'histoire et de la culture chinoises.

Adieu ma concubine (霸王别姬)
Adieu ma concubine est un chef-d'œuvre inoubliable, explorant les thèmes de l'amour, de l'identité et du sacrifice dans le contexte de l'opéra de Pékin.

Malgré des approches et des contextes différents, le cinéma de Hong Kong et celui de la Chine continentale partagent également un engagement sous-jacent en faveur de l'expression sociale. Qu'il s'agisse de l'exploration de l'aliénation urbaine dans Chungking Express (重庆森林) de Wong Kar-wai ou de la critique de la bureaucratie dans I Am Not Madame Bovary (我不是潘金莲) de Feng Xiaogang, ces films offrent un reflet de la société dont ils sont issus.

Chungking Express (重庆森林)
Chungking Express (重庆森林) est un film audacieux et visuellement envoûtant de Wong Kar-wai, qui capte l'essence des rencontres fortuites et des sentiments fugaces dans le bouillonnement de la vie urbaine moderne.

Différences entre le cinéma de Hong Kong et le cinéma de Chine continentale

Les contrastes entre le cinéma de Hong Kong et celui de la Chine continentale sont tout aussi fascinants que leurs similitudes. Ces différences découlent de divers facteurs, notamment de contextes historiques, d'influences culturelles et de libertés créatives distincts.

L'une des principales différences réside dans les styles narratifs.

Le cinéma de la Chine continentale utilise souvent un style de narration plus épique et plus large, qui met l'accent sur les grands thèmes et les questions de société. Des films comme Hero (英雄) de Zhang Yimou, incarnent cette approche avec leurs récits à grande échelle et leur cinématographie visuellement époustouflante.

Hero (英雄)
Hero (英雄) est un époustouflant film d'arts martiaux, sublimement réalisé par Zhang Yimou, avec ses scènes de combat magistrales et son esthétique visuelle à couper le souffle, tout en explorant des thèmes profonds de loyauté et de sacrifice.

Le cinéma de Hong Kong, quant à lui, tend à être plus intime, se concentrant sur des histoires personnelles et des contextes locaux. Même lorsque les thèmes sont grandioses, ils sont souvent explorés à travers le prisme d'expériences personnelles. Le film In the Mood for Love de Wong Kar-wai (花样年华) illustre parfaitement cet accent mis sur les récits intimes.

La censure joue également un rôle important dans la distinction entre les deux cinémas. Le cinéma de Chine continentale est soumis à des directives strictes en matière de censure, qui limitent souvent la portée et le contenu des films. Au contraire, le cinéma de Hong Kong jouit d'une relative liberté de création, qui se reflète dans la diversité des genres et l'audace des choix narratifs.

De plus, la langue utilisée dans les films est un autre point de divergence. Le cinéma du continent utilise principalement le mandarin (Putonghua), tandis que le cinéma de Hong Kong utilise principalement le cantonais, ce qui témoigne de sa culture et de son identité locales.

Ces différences, bien qu'importantes, ne signifient pas qu'un cinéma est supérieur à l'autre. Au contraire, elles mettent en évidence la diversité et la richesse du cinéma chinois dans son ensemble. Elles nous offrent une vue panoramique de la culture et de la société chinoises, vues à travers des lentilles différentes.

Le cinéma chinois : un trésor d'expression artistique
Explorez le monde captivant du cinéma chinois, depuis sa riche histoire, ses genres jusqu'à ses superproductions modernes et ses célébrités influentes.

Alors que cet article s'achève, nous pouvons nous interroger sur l'avenir du cinéma chinois. Étant donné la nature dynamique du cinéma de Hong Kong et de la Chine continentale, il est difficile de faire des prévisions avec certitude. Toutefois, certaines tendances actuelles donnent un aperçu des possibilités qui s'offrent à nous.

Pour le cinéma de Chine continentale, l'avenir semble être à la croissance continue et à la reconnaissance mondiale. Le succès de films comme Wolf Warrior 2 (战狼2) et The Wandering Earth (流浪地球) témoigne de la popularité croissante et de la compétitivité mondiale des films chinois. L'essor des plateformes de streaming et l'importance croissante accordée aux productions à gros budget laissent également entrevoir un avenir où le cinéma chinois touchera un public bien au-delà de ses frontières.

Le cinéma de Hong Kong, bien qu'il soit confronté à des défis uniques, reste un pôle de créativité dynamique. Si l'industrie locale a connu quelques changements Hong Kong continue de produire des films qui capturent l'esprit et la culture uniques de la ville. Des cinéastes comme Wong Kar-wai continuent d'enchanter le public avec leur style de narration particulier, garantissant ainsi un avenir radieux au cinéma hongkongais.

Même s'ils tracent leur propre voie, les cinémas de Hong Kong et du continent continueront sans aucun doute à s'influencer mutuellement dans les années à venir. Les collaborations entre cinéastes des deux régions, comme The Grandmaster (一代宗师), réalisé par Wong Kar-wai et interprété par l'actrice continentale Zhang Ziyi (章子怡), laissent entrevoir un avenir où les frontières entre ces deux traditions cinématographiques pourraient s'estomper encore davantage, conduisant à la création de films encore plus diversifiés et passionnants.